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Good Morning England : Quand la Radio Libre était Piraterie

Librement inspiré des aventures de radios pirates anglaises des sixties, Good Morning England est un pur plaisir visuel et audio. Peuplé de comédiens habités par leur rôle de déjantés du rock, ce film offre une vision jouissive, légèrement fantasmée mais hypnotique, du quotidien de ces précurseurs de la radio telle que nous la connaissons. Avec en prime, une bande son de folie, l’occasion de (re)découvrir le meilleur des années 60.

Carl et les DJ sont sur un bateau

« Bienvenue à bord du bateau du bonheur »

1966. Carl, 17 ans, se fait renvoyer de son lycée pour garçons. Sa faute ? Avoir fumé du tabac et un mélange herbacé exotique légalement sanctionnable. Pour compléter sa punition, sa mère l’expédie vivre avec son parrain. Mais cette sanction prend rapidement des airs d’aventure inédite. Car le bonhomme est un pirate, grand patron de Radio Rock, l’une des rares stations de radio libre en Europe. Au mépris de la censure et des habitudes gouvernementales de Grande-Bretagne, cette station de radio diffuse du rock’n’roll et de la pop 24h/24. Dans un pays qui ne connaît que la « radio à papa » emplie de programmes bien-pensants, les frasques de Radio Rock émerveillent petits et grands autant qu’elles exacerbent la rageuse autorité ministérielle.

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Le bateau Radio Rock

Fraîchement embarqué, Carl découvre non pas une prison mais un havre de liberté fantasque, gavé de musique, de farfelus dévoués à la liberté des sixties, de délicieuse inconvenance dépravée, de franc parlé sexuel, bref, le bonheur ! Une amitié inégale va se nouer entre l’adolescent et ces hommes qui entendent bien remplir une mission unique : éveiller leurs semblables à la meilleure de drogues au monde : la musique. Mais, au fond, que peut bien cacher cette fausse pénitence maternelle ?

Une pléiade d’actrices et d’acteurs cinglés disant “good morning England”

« Si tu ne finis pas noyé, nous pourrons tout de même t’aider à ne plus fumer de la drogue et tout ça. C’est ce que j’ai fait et je me sens tellement mieux, si tu savais ! Cigarette ? »

Au rendez-vous ? Un Philip Seymour Hoffman habité par son rôle de meneur rebelle, un Billy Nighy plus drôle et attachant que jamais, un Kenneth Branagh totalement détestable, un Rhys Ifans charismatique à mort, un Tom Sturridge auquel tout ado peut s’identifier, un Nick Frost décomplexé adorable, et une sacrée brochette d’actrices et acteurs made un England qui vaut le coup d’œil : Emma Thompson, Gemma Aterton, Katherine Parkinson, Rhys Darby, Chris O’Dowd, Tom Brooke, Tom Wisdom, Jack Davenport, Ralph Brown, Ike Hamilton, etc.

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Billy Nighy et Rhys Ifans aux commandes de Good Morning England

Good Morning England, l’irrévérence comme cheval de bataille

« Un jour, dans un monde idéal, on pourra dire branlette ou roubignole […] à la radio mais fuck, jamais. […] le gouvernement déteste quand le peuple prend des libertés. »

Une bande d’amoureux du rock à la barre

Le charme de ce film repose sur une composition équilibrée et so british. D’un côté, on a la fine équipe de fous de musique, de rebelles dans l’âme qui entendent bousculer les mœurs de toutes les manières possibles. Étranglés par les vieilles traditions, des Anglais de toute catégorie sociale, culturelle et sexuelle trouvent leur part quotidienne de bonheur à l’écoute de Radio Rock : plaisanteries vaseuses ; blagues coquines ; ribambelle de provocations (le zip de la braguette de « l’homme le plus cool de toute la planète ») puériles mais délicieuses ; les rappels aux temps qui changent en dépit des restrictions politico-coincées ; et surtout une vraie symphonie de rock et de pop.

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“Le DJ le plus populaire que l’Angleterre ait connu et aussi une étrange légende”

Une pâle équipe de technocrates

De l’autre côté, un trio officiel, reconnu par le Pouvoir et chargé d’une mission cruciale : faire taire Radio Rock. Tous les moyens sont bons, légaux de préférence, mais aussi transgressifs car, après tout, « les exécutions se passent toujours mieux quand elles ont lieu en secret ». On observe ainsi le parfait miroir inversé des héros du rock à travers : un ministre acharné, coincé comme pas deux, hargneux et dédaigneux à souhait ; un sous-fifre lèche-bottes trop malin et ambitieux pour être sympathique ; une secrétaire qui joue les potiches mais écoute la radio pirate dès qu’elle le peut.

Ajoutés à ce duel, les personnalités délirantes, candides, franches, des protagonistes, les espoirs d’une génération qui rêve d’un autre monde, le plaisir de beaucoup dans le simple acte d’écouter quelque chose d’interdit. Et bien entendu l’humour anglais, inimitable et absolument addictif.

Les véritables modèles de Radio Rock

« Nous arriverons à les faire taire avant la fin de l’année, c’est un véritable cloaque d’immondices, de mercantilisme et d‘immoralité. »

Ne vous y trompez pas, Good Morning England, ou The Boat that Rocked en V.O., n’est pas sorti tout seul de la tête très douée du réalisateur et scénariste Richard Curtis. La petite histoire veut que, dans l’après-guerre, les premières radios libres soient qualifiées de pirates car émettrices sans autorisation administrative. Celle-ci était sans nul doute subodorée à une ligne éditoriale édictée par les autorités. Mais quand on veut diffuser autre chose que des informations, des débats politiques, des feuilletons ringards et autres programmes dénigrés car vieillots, il ne reste qu’une seule option : la piraterie.

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Dans les années 1960, des passionnées un rien barrés s’affranchissent des règles garantissant le monopole des états sur les ondes en émettant depuis des bateaux. Ceux-ci s’installent en pleine Mer du Nord, dans les eaux internationales. Parmi les chefs de file de cette petite révolution, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Danemark enclenchent un véritable mouvement populaire. Celui-ci sera suivi dans toute l’Europe et jusqu’en Tunisie.

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Une histoire inspirée de faits réels

Deux radios inspirent ce film : Radio Caroline et Radio London. En continu, soit jour et nuit, les émissions s’y succèdent, assaisonnées de rock et de pop, de tout ce que réclame la jeunesse et pas que. Ces deux radios connaissent le succès mais aussi des déboires, souvent techniques et financiers. Les bateaux, car chacune de ces radios en usera plusieurs au fil du temps, sont souvent en mauvais état et, bien que ne voyageant pas, peinent à rendre service sur le long terme. Plus encore face au mauvais temps : échouages, coulages, mât de transmission cassé, abordages par les autorités britanniques, loi interdisant les radios offshore, condamnation de DJ, intimidation étatique des partenariats publicitaires, etc. La lutte est longue car, pour ces deux fers de lance, il faut attendre les années 1980 avant de voir apparaître les premiers gestes de bonne volonté envers les radios libres.

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Et en France ? En Normandie, on peut rapidement écouter les DJ anglais. Dans le reste du pays, les radios pirates commencent à émettre à partir de 1977. Une association est même créée pour leur défense par Antoine Lefébure, la ALO (Association pour la libération des ondes). Mais cela n’empêche pas le gouvernement français d’envoyer la DST arrêter des personnes participant à ce glorieux projet dès l’année suivante, en amont d’une loi visant à l’interdire définitivement. 1981 et l’avènement d’un chef d’état qui a promis d’entendre la Jeunesse ouvre grand une porte vers la prolifération de radios libres, devenues aujourd’hui, hélas, privées.

Pourquoi faut-il voir Good Morning England ?

Première raison : l’humour anglais, ravissant, désopilant, inimitable et rayon de soleil garanti. Seconde raison, et la seule à retenir s’il faut choisir : la musique ! La bande-son de Good Morning England se dévore aussi avidement que les dialogues.

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Défilé des trésors musicaux des sixties

Pour toutes celles et tous ceux qui méconnaissent la musique des années 60, cette formidable aventure du rock entamée par les Beatles et reprise à l’infini des deux côtés de l’Atlantique, ce film est une mine d’or audio :

  • The Who ;
  • The Hollies ;
  • The Kinks ;
  • Smokey Robinson ;
  • Jeff Beck ;
  • Jimi Hendrix ;
  • Cat Stevens ;
  • The Supremes ;
  • Otis Redding ;
  • David Bowie ;
  • The Beach Boys ;
  • The Easybeats ;
  • London Festival ;
  • Lorraine Ellison ;
  • The Turtles ;
  • Martha and the Vandellas ;
  • The Troggs ;
  • Cream ;
  • Procol Harum ;
  • The Isley Brothers ;
  • Dusty Spingfield ;
  • David Bowie ;
  • Aaron Neville ;
  • Van Morrison ;
  • The Yardbirds ;
  • The Seekers ;
  • Leonard Cohen ;
  • The Small Faces ;
  • The Beach Boys ;
  • etc.

Good Morning England, expression d’une révolution en marche

Troisième raison : l’écho d’une époque qui a tout changé. Les mœurs, la mode, la musique, la politique (ok, à coup de pavés parfois), les perspectives pour l’avenir des générations à venir. En un mot, la liberté de penser et de dire cette pensée. Pour qui s’interroge sur les racines d’un printemps 68 féroce, le clin d’œil de Good Morning England est un bon point de départ. Lorsque Michaël Caine explique dans son documentaire My Generation ce qu’était la société anglaise avant les sixties, on en distingue nettement la fracture. Et Philip Seymour Hoffman l’exprime clairement alors que le bateau coule corps et bien.

« Les politiciens n’en auront toujours rien à foutre de construire un monde meilleur mais partout dans le monde, les jeunes hommes et les jeunes femmes, eux, […] mettront leurs rêves en chansons […] elles représenteront la splendeur de ce monde. »

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Découvrir la vague libertaire des sixties à travers un bon film, rien n’est moins appétissant. Avec Good Morning England, vous aurez une parfaite base de départ et qui sait, le début d’une passion pour une époque pas si lointaine de notre Histoire. « Rock’n’roll !!!! »

Aller plus loin ?

  • My Generation – film documentaire avec Michael Caine, Paul McCartney, Marianne Faithfull, Mary Quant, Twiggy, David Bailey, Roger Daltrey ;
  • Mai 68 – Jour et nuit, Christine Fauré, éditions Découvertes Gallimard ;
  • British Rock – 1956-1964 : Le temps des pionniers, Christophe Delbrouck, coll. Castor Music, éditions Castor Astral ;
  • British Rock – 1965-1968 : Swinging London, Christophe Delbrouck, coll. Castor Music, éditions Castor Astral.
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