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Le Mans 1955 : la course automobile à feu et à sang

On ne parle plus assez du rêve que fut l’automobile. De nos jours, la vaillante quatre roues est surtout l’objet de risées, de critiques et d’interdictions. Mais en 1955, les grands noms de l’industrie auto étaient en route pour le firmament et rivalisaient sur les circuits. La mythique course d’endurance des 24 heures du Mans allait encore dévoiler tant et tant de superbes mécaniques appelées à révolutionner la voiture ! Pourtant, et Juan Manuel Fangio le racontera par la suite, rien n’est jamais écrit à l’avance. L’accident qui se produisit au Mans en 1955 faillit mettre fin à la course et jeta l’ombre du doute sur l’honorable marque Mercedes, laissant le champ libre aux duels Porsche-Ferrari avant l’entrée en scène des créations Shelby pour Ford.

Les 24 heures du Mans

Affiche 24 Heures du Mans 11 juin 1955

Voici une des courses les plus prestigieuses et prisées au monde. Créée en 1923, elle fut souvent copiée mais jamais égalée. Plusieurs déclinaisons existent aujourd’hui dans le monde, notamment aux États-Unis. Depuis ses premiers jours, celle que l’on nomme tout simplement Le Mans est un terrain d’expérimentations pour toutes les innovations mises au point par l’industrie automobile. Son esprit est certes celui de la concurrence mais surtout de l’émulation entre marques et prestigieux ingénieurs. C’est pour Le Mans que nombre de grandes avancées technologiques furent mises au point avant d’être commercialisées pour le grand public :

  • les freins à disque ;
  • le turbo ;
  • les jantes ;
  • l’aérodynamisme appliqué à la voiture ;
  • le pneu à carcasse radiale ;
  • etc.

La fameuse ligne droite dite des Hunaudières est officiellement nommée « laboratoire national » en 1932. Les marques savent qu’une victoire au Mans est synonyme de succès, de reconnaissance et de dépassement de la concurrence pour au moins un an. Mais Le Mans n’est pas une course réservée aux dernières splendeurs motorisées.

24 heures du Mans
Le Mans 1955, l’heure du départ

Petit rappel sur le principe des 24 heures du Mans : c’est un mélange, sur circuit routier exceptionnellement fermé pour la durée de la course, de voitures de puissances et de gabarits différents. Cette épreuve est destinée aux professionnels mais pas seulement. Il est possible d’y engager toutes sortes d’automobiles. On voit ainsi les dernières championnes en herbe créées par les marques courir aux côtés de modèles plus anciens et modestes. C’est là tout le secret de cette course qui est d’abord un exercice d’endurance pour les moteurs et les pilotes. Ceux-ci sont conscients qu’ils doivent à la fois rechercher la vitesse, l’adresse mais aussi respecter les règles inhérentes aux capacités de leur voiture.

Les 24 heures du Mans

Le public peut s’installer tout le long du parcours, en respectant les zones de sécurité. L’endroit où se massent en priorité les spectateurs reste la ligne de départ-arrivée. Elle est constituée de gradins protégés par des palissades, des obstacles de bois et des talus de protection. On trouve ensuite les stands de chaque équipe ou enseigne puis la piste de course.

Une moindre protection est offerte à ces espaces professionnels car les mécaniciens doivent pouvoir accéder le plus rapidement possible aux voitures à chaque arrêt, que ce soit pour faire le plein, changer une pièce ou interchanger les pilotes. Ceux-ci sont deux par auto et se relaient toutes les 4 à 7 heures.

Le Mans 1955, samedi 11 juin

C’est la 23e édition de la course du Mans. Il est 18 h 28 lorsque quatre voitures sortent du virage de la zone « maison blanche ». Elles foncent en direction de la ligne d’arrivée. Se suivent l’Austin-Haley de Lance Macklin qui roule à environ 175km/h, la Jaguar de Mike Hawthorn qui est alors en tête du classement et les deux Mercedes conduites par Pierre Levegh et Juan Manuel Fangio. Ces trois dernières sont des pointures de la course et déboulent à environ 240 km/h.

À cette heure-ci, la ligne d’arrivée ne marque pas encore la fin de la course mais offre une ligne droite idéale à chacun pour améliorer son temps. La logique veut donc que les voitures les plus puissantes s’y ruent à moins de devoir opérer un arrêt au stand qui, souvent est à l’initiative du chef d’équipe lequel signale, en amont de la piste par des panneaux bien visibles, que le pilote est attendu.

Cela ne fut pas le cas lors du dernier tour qui va s’achever pour enchaîner sur un autre. Lance Macklin est donc totalement pris par surprise quand la Jaguar le dépasse en trombe avant de se rabattre aussitôt, pile devant son nez, afin de s’arrêter à son stand !

Il freine brutalement et ses roues se bloquent. Son Austin-Haley fait une violente embardée et se met en travers de la route. Immédiatement derrière, Pierre Levegh arrive au même moment. Il comprend instantanément qu’il n’a aucune chance.

Il a juste le temps de lever le bras pour prévenir Fangio, qui le suit de près, juste avant que sa Mercedes-Benz 300 SLR ne vienne taper l’arrondi de l’aile droite de l’Austin-Haley.

24h mans 1955
Le Mans 1955 : conséquences de l’accident parmi les spectateurs

La voiture décolle et sa vitesse offre une prise au vent dont l’élan l’envoie directement percuter les talus de protection, rebondir au-dessus des palissades pour faucher le public. Elle continue sa course à quelques 150 km/h jusqu’à un muret de béton. Le choc la fait exploser.

Des éléments de grandes tailles sont projetés de toutes parts : capot, radiateur, moteur, train fusent sur une soixantaine de mètres.

Mais la carcasse poursuit son funeste trajet avant d’être arrêtée finalement par un talus et de prendre feu. Ce ne sera malheureusement pas la seule voiture meurtrière du jour. L’Austin-Haley a mal encaissé le choc et termine sa propre course dans les stands professionnels, tuant 4 personnes. Un triste bilan pour la course automobile s’étale dès le lendemain en première page des journaux : 84 morts et 120 blessés.

Une polémique inévitable ?

Peut-il y avoir une telle catastrophe sans qu’une polémique n’éclate ? À priori non. Entre le nombre élevé de morts et de blessés, certains estropiés à vie, sans oublier celles et ceux dont l’esprit reste marqué par des images d’horreur, bien des gens exigent rapidement des réponses. Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ?

Accident 24 heures du Mans

Pierre Levegh et ses 49 ans sont immédiatement pointés du doigt. Le pilote d’une des deux Mercedes étant décédé dans l’accident, il prend la tête des grands fautifs. Il est jugé trop vieux pour avoir conservé des réflexes conséquents en cas de coup dur. Bien entendu, il est facile de condamner celui qui ne peut plus se défendre… Tout de suite derrière lui, Macklin et son Austin-Haley. Sa mauvaise réaction, trop violente et brusque, aurait provoqué le tête à queue de son véhicule et enclenché une réaction en chaîne désastreuse. Les témoignages se contredisent et n’aident pas. Les experts et les pilotes chevronnés répètent pour leur part que la proximité entre grosses et petites cylindrées force les pilotes à surveiller constamment les véhicules les plus puissants.

24-heures-du-Mans-1955-extrait-film-amateur
Extrait du film amateur tourné sur le Mans en 1955

C’est un film amateur qui révèle finalement la vérité. On peut y voir la Jaguar conduite par Mike Hawthorn située à bonne distance quand l’Austin-Haley se place en travers de la route. Il devient alors aisé de spéculer comme n’importe quel conducteur. Macklin, pensant, logiquement, que Hawthorn le dépassait pour continuer son chemin, a pu reporter son attention sur les deux Mercedes, l’espace de quelques secondes. Et ce maigre instant lui a suffi pour manquer la manœuvre de la Jaguar. Surpris, Macklin a mal réagi et s’est laissé piéger par la vitesse de sa propre voiture.

Un procès a lieu mais se termine sur un non-lieu général. Personne n’est reconnu coupable. Quoique : on reprochera longtemps aux organisateurs leur décision de ne pas stopper la course. Sur le moment, l’enjeu est pourtant clair : éviter un mouvement de foule, une panique naturelle qui encombrerait les routes nécessaires à l’arrivée des services de secours.

Il faut dire qu’en 1955, pas moins de 300 000 spectateurs se massent pour voir les 24 heures du Mans ! Une grande partie vient de toute la France et d’Europe. Le parking réservé aux visiteurs s’étend sur plusieurs kilomètres. Trop de véhicules se précipitant sur les routes pour fuir les lieux compromettrait les chances des blessés. Fangio, pour sa part, continue donc jusqu’à ce que la maison mère de Mercedes lui intime l’ordre de se retirer.

Le choc est rude pour l’ensemble du monde automobile. Fangio cesse de courir peu après et Mercedes quitte les circuits pour plusieurs décennies. Il faut attendre 1998 pour revoir leurs bolides aux 24 heures du Mans. Entre temps, Porsche, Ferrari et Ford sont devenues les nouvelles reines des circuits.

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